Aujourd’hui, je mets des mots sur deux traits profonds de mon caractère, deux forces qui, selon les moments, deviennent aussi des sources de fatigue.
Le premier, c’est cette tendance à penser que tout est de ma faute. Une forme d’égocentrisme inversé. Ce n’est pas l’idée que tout m’est dû, ni que je suis au centre pour être servi — au contraire. C’est comme si j’étais au centre pour être responsable de tout. Quand quelque chose ne va pas, je ne cherche même pas à répartir les responsabilités : je les absorbe entièrement. Je prends 100%, sans nuance. Et cela façonne ma perception du monde, souvent de manière dure, parfois injuste envers moi-même.
Le second trait, c’est ma relation à la honte. Une honte presque instinctive, presque physique. Une hypersensibilité à l’image, au regard des autres, à ce que je renvoie. Comme une allergie intérieure. Pourtant, il existe une exception magnifique à cela : l’amour. Quand je suis animé par l’amour — sincère, profond, désintéressé — cette honte disparaît. Elle n’a plus de prise. Dans ces moments-là, je suis libre. Libre d’être, libre d’agir, libre de donner.
Mais dès que l’ego revient — le statut, l’image, le jugement — la honte reprend sa place, intense.
Je crois que ces deux traits sont à la fois des poids et des boussoles. Ils me fatiguent, surtout quand je suis déjà fragilisé, mais ils révèlent aussi quelque chose de précieux : un sens aigu de la responsabilité et un profond attachement à la sincérité du cœur.
Peut-être que le chemin n’est pas de les supprimer, mais d’apprendre à les apprivoiser. À reconnaître quand ils me servent, et quand ils me blessent. À me rappeler que tout n’est pas toujours de ma faute. Et à m’ancrer, autant que possible, dans cet espace où l’amour fait taire la honte.
C’est là que je suis le plus juste.
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