jeudi 9 juillet 2026

Faut-il être passionné par son travail ?

Pendant longtemps, j'ai abordé cette question de manière binaire. Je passais d'une réponse à l'autre : oui, il faut s'investir à fond. Non, il faut garder ses distances. Oui. Non. Sans jamais accepter qu'une vérité puisse être nuancée.

Aujourd'hui, je pense que la bonne réponse est simplement : cela dépend.

Cela dépend du moment de la vie. Cela dépend de ce que représente ce travail. Cela dépend surtout de ce vers quoi on veut construire son existence.

Lorsque j'étais plus jeune, je me suis investi corps et âme dans mon travail. Être recruté à BNP Paribas représentait une immense opportunité. Je quittais la vie de consultant, avec son instabilité, pour intégrer une grande banque et obtenir un CDI. C'était exactement ce que je voulais à cette époque.

Je me suis donc donné sans compter. J'ai même refusé d'autres opportunités pour préserver cette chance. Plus tard, j'ai interrompu un processus de recrutement chez ING France parce que je voulais rester chez BNP Paribas. À ce moment-là, mon implication était sincère, naturelle et parfaitement cohérente avec mes aspirations.

Je pense d'ailleurs que lorsqu'on est jeune, et que l'on rejoint une entreprise que l'on admire réellement, il est normal de s'y investir pleinement. Si, à cette époque, j'avais été infographiste et que Pixar, Disney, ILM ou Digital Domain m'avaient proposé un poste, j'aurais probablement travaillé sans compter mes heures. Non pas par obligation, mais parce que j'aurais vécu un rêve.

Ce serait donc malhonnête de dire qu'il ne faut jamais s'impliquer dans son travail.

Mais vingt ans plus tard, je ne suis plus le même homme.

Après près de deux décennies dans l'informatique, je ressens autre chose. J'ai 43 ans. J'ai une épouse, des enfants, des projets personnels qui prennent désormais une place beaucoup plus importante dans ma vie. J'aspire à vivre au moins une période où je consacrerai mon énergie à ce qui me passionne profondément : développer KAM Éditions, faire grandir Mama TingaTinga, créer, écrire, vendre des livres jeunesse et construire un projet qui me ressemble.

Dans ce contexte, m'investir émotionnellement dans mon travail salarié serait presque contre-productif.

Je risquerais de développer des frustrations, d'attendre davantage de reconnaissance ou de me battre pour des sujets qui ne correspondent plus à mon véritable projet de vie.

À l'inverse, le fait d'accepter pleinement que mon travail n'est plus le centre de mon existence m'apporte beaucoup de sérénité.

Aujourd'hui, j'adopte davantage une posture de consultant. Je fais sérieusement ce que l'on attend de moi. Je reste force de proposition lorsque cela est utile. Mais je ne ressens plus le besoin de défendre chaque idée, de convaincre à tout prix ou de porter émotionnellement les décisions de l'entreprise.

Cette distance n'est pas un manque de professionnalisme.

C'est un choix conscient.

Elle me permet de préserver mon énergie pour préparer l'étape suivante de ma vie.

Finalement, je crois que la question n'est pas : Faut-il être passionné par son travail ?

La vraie question est : À cette étape de ma vie, où est-ce que je souhaite investir le meilleur de mon énergie ?

Et la réponse évolue avec le temps.

Il y a des saisons où l'on bâtit sa carrière.

Puis il y a des saisons où l'on prépare sa liberté.

Aujourd'hui, je suis clairement entré dans la seconde.

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